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Le poids de l’industrie textile
sur les travailleur·euse·s

On aurait voulu vous parler de personnes heureuses de se rendre au travail tous les matins, d’entreprises loyales envers leurs collaborateur·trice·s, d’enfants fiers de dire que leur papa était tanneur de jean ou que leur maman travaillait dans une teinturerie réputée loin à la ronde. De telles histoires existent certainement. Pour la plupart des gens pourtant, la réalité est différente.

L’industrie textile fait travailler (à défaut de pouvoir dire qu’elle fait vivre) des dizaines de millions de personnes à travers le monde. La pression exercée par les grandes enseignes pour vendre toujours plus a des effets directs sur les conditions et l’environnement de travail. Pour s’assurer des rendements importants, les marques délocalisent la production dans des pays où les réglementations sont très souples et les salaires très bas. Au-delà des impacts environnementaux engendrés dans les régions de production, les travailleur·euse·s voient leur santé mise en péril. Les scandales régulièrement mis à nu par les ONG en attestent : taux de maladie élevés, espérances de vie moindres, taux d’alphabétisation bas, usines vétustes voire insalubres, absences de mesures de protection ou de sécurité au travail, conditions salariales indécentes.

Pour comprendre ce que cachent les coulisses de l’industrie textile, FAIR’ACT s’appuie sur le travail de fond mené par les organismes dont c’est la mission.

18 centimes, c’est la part que reçoit la couturière pour la fabrication d’un t-shirt vendu 29 francs en Suisse. Même en considérant la différence du coût de la vie en Suisse et dans les pays du Sud, on conviendra que ce salaire est indécent.

Dans de nombreux pays, le salaire minimum légal est largement en-dessous du salaire vital, c’est-à-dire un salaire qui permettrait aux travailleur·euse·s de couvrir leurs besoins de base. Le problème des bas salaires ne se limite pas au secteur textile asiatique, mais concerne l’industrie vestimentaire au niveau mondial. Dans certains pays d’Europe de l’Est, le salaire minimum légal est plus bas que dans les pays asiatiques ; dans plusieurs d’entre eux, il se situe même en deçà du seuil de subsistance défini par le gouvernement.

Apprenez-en plus à travers la campagne pour un salaire vital de Public Eye.

L’info fun : les multinationales ne sont pas toutes puissantes

Les multinationales dépendent de la consommation. Et les consommatrices et consommateurs, c’est nous ! Les actions comme celle menée en 2015 en Belgique par achACT nous le rappellent. Et ça fait du bien !

Action (presque) à poil pour un salaire vital, septembre 2015, Bruxelles

Les conditions de sécurité consternantes dans les usines textiles nous ont brusquement été révélées par l’effondrement du bâtiment du Rana Plaza à Savar (Bangladesh), le 24 avril 2013. Ce bâtiment de huit étages (dont trois construits illégalement) abritait cinq ateliers de confection textile. Ce drame est le plus meurtrier de l’industrie textile : 1138 personnes ont perdu la vie, plus de 2000 autres ont été blessées.

Tout aussi dramatique que l’insalubrité du bâtiment : la direction a ordonné aux travailleur·euse·s de retourner à l’usine, alors qu’ils et elles leur signalaient l’apparition de fissures sur les murs peu avant l’effondrement du bâtiment.

L’info pas fun : la sécurité des bâtiments n’est toujours pas suffisante

Trois ans ont à peine suffi à indemniser les familles des victimes et les blessé·e·s. Les enseignes n’assument pas leurs engagements, la sécurité des bâtiments n’est pas encore suffisante pour protéger les travailleurs et travailleuses.

Daniela Kistler, collaboratrice de Public Eye, faisait le point sur la situation en avril 2016

Travailler dans l’industrie textile rime souvent avec heures supplémentaires excessives, locaux mal éclairés et mal ventilés, absence de vêtements de protection.

Pour les travailleur·euse·s des champs – de coton par exemple – l’utilisation massive de pesticides a des effets dévastateurs sur la santé : anomalies de naissance, troubles hormonaux, maladies de l’appareil circulatoire (anémies, leucémies, infarctus).

L’info fun : Monsanto reconnu responsable de la maladie d’un céréalier français

En 2004, Paul François inhale des vapeurs d’un herbicide utilisé dans ses cultures, le Lasso. Longtemps hospitalisé, il s’en sort avec des troubles neurologiques sévères. Il doit réduire son rythme de travail. Il se lance alors dans une première bataille : faire reconnaître sa maladie comme « maladie professionnelle ». Après la victoire, commence un autre combat :  incriminer le producteur du produit chimique toxique. En 2020, après près de 15 ans de rebondissements, les autorités judiciaires françaises reconfirment – et de manière définitive cette fois – la responsabilité de Monsanto/Bayer dans son intoxication.

Ce cas n’est pas directement lié à l’industrie textile, mais il donne l’espoir d’une responsabilisation par la branche et par les producteurs des produits phytosanitaires (utilisés dans les champs de coton notamment) et autres substances toxiques de manière plus générale. Et de l’espoir, on en a bien besoin.

Paul François contre Monsanto : la condamnation de l’entreprise définitive
Le Parisien, 21 octobre 2020

Le travail des enfants, c’est quelque chose dont on n’aimerait plus avoir à parler.

Pourtant, selon l’UNICEF, 158 millions d’enfants travaillent. C’est un sur six. Parce qu’ils sont petits, parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de protester, parce qu’ils n’osent pas dire non, parce qu’ils sont vulnérables. On leur confie des travaux dangereux, la manipulation de produits toxiques ou de machines dangereuses.

L’info pas fun : le travail des enfants est encore une réalité

Omniprésents dans l’industrie textile, les enfants restent pourtant invisibles, cachés derrière les murs des ateliers, loin des regards dans les plantations.

Crédit photo : ©2016 World Visionphoto by Mark Nonkes

Séparation de sa famille durant de longs mois passés en mer, tel est le sort des travailleurs du secteur maritime.

Alors que les armateurs engrangent des millions de bénéfices, les matelots ne sont payés que quelques centaines de dollars pour une vie qui ressemble plus à un pénitencier qu’à une balade sur un plaisancier.

L’info pas fun : les matelots sont loin de se la couler douce sur les cargos

Crédit : gentlemen-travellers.com

Aller plus loin grâce à Public Eye

L’association Public Eye (anciennement Déclaration de Berne) coordonne en Suisse la Clean Clothes Campaign, un réseau international qui donne l’alerte en cas de violation des droits humains et des droits du travail dans l’industrie vestimentaire et de la chaussure.